"Bientôt, notre fille va naître." - récit de naissance
- M'bele Mama Doula
- 13 juil. 2024
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 juil. 2024

Première nuit depuis notre rencontre que nous décidons de faire lit à part. Dans le petit appartement que nous louons pour l'hiver à Capbreton, Thomas m'aide à préparer mon lit douillet pour cette nuit hivernale où une tempête s'apprête à déferler.
Depuis trois jours, Thomas a commencé sa formation courte d'initiateur de surf et a besoin de sommeil. Pour ma part, mes articulations sacro-illiaques se jouent de moi et me font tourner et virer dans le lit depuis déjà quelques jours.
Nous sommes le jeudi 22 Février 2024. Il est environ 21h30. Je suis dans mon 9ème mois de grossesse, 3 semaines avant mon terme. J'ai fait un énoooorme nettoyage de l'appartement la veille et ma mère m'a dit à midi "En général, une envie de faire le ménage annonce l'accouchement. En plus le 24 c'est la pleine lune alors elle va arriver." Merci Maman.
Je me couche, non sans un pincement au cœur de voir mon amoureux partir de l'autre côté du mur pour une belle nuit de sommeil réparateur.
22h
"Merde ! Je me sens bizarre. Gastro ? Indigestion ? Pff manquait plus que ça !"
Lever du lit avec grâce pour allers retours aux toilettes.
"Ma culotte est assez mouillée quand même. Une gastro avec culotte mouillée, j'suis pas sûre..."
23h30
Ca ne se calme pas, mais alors pas du tout.
"Bébé est-ce toi ? Tu as vraiment décidé d'arriver cette nuit ? Papa est en pleine formation pour une semaine et on avait dit NUIT REPARATRICE !"
Devant le déterminisme de ce que je comprends être des contractions de début de travail, je me dandine, toujours avec grâce et volupté du 9eme mois, vers la chambre où Thomas a déjà trouvé un sommeil profond.
"Babe (oui c'est comme cela que nous nous surnommons - pour ceux qui ont la référence du petit cochon à casquette de notre enfance, rien à voir avec lui je vous rassure!), eh babe, je me sens vraiment pas bien et ma culotte est en météo pluvieuse."
Retournement de l'homme-ours et ouverture d'un œil : "Mais non tout va bien. Allé viens te coucher avec moi si tu veux."
Le voilà presque déjà reparti dans son lourd sommeil.
"Non, je crois que tu n'as pas compris Thomas (plus de babe qui tienne, faut de l'impact dans le discours à ce stade), NOTRE FILLE ARRIVE !!!"
Retournement de la couette.
Lever rapide et franc.
Analyse de la situation.
"Ok, on fait quoi ?"
Super...
00h00
Une fois l'information bien intégrée des deux côtés que c'était pour cette nuit, nous décidons d'appeler Juliette, notre sage-femme. Premier appel, pas de réponse. Merde ! Elle rappelle. Soulagement. 3 semaines avant le terme, elle ne s'attendait pas à notre appel mais en entendant mes respirations que nous ne définirons pas de légères et de yogi-mood-zen-doigtsdanslepif, elle confirme que l'accouchement est pour... cette nuit.
Depuis le début de ma grossesse, j'ai toujours su, senti que lorsque ma fille déciderait d'arriver alors, ça ne mettrait pas 30h. "Plutôt un mode fusée" me murmurait mon intuition. Juliette nous invite à la rappeler d'ici une heure pour voir et pendant ce temps, création d'un cocon agréable - bougies, musiques, massages...
"MERDE !!! LE SAAAAC !!! Il n'est pas prêt du tout !"
Thomas commence donc ses allers et venues de la chambre au salon et du salon à la chambre, trajet facilement traçable grâce aux gaz de stress lâchés pour l'occasion.
Nous rions.
"Faut appeler Lunaaaa !!!"
Notre doula.
Tentative d'appel, pas de réponse. Merde à nouveau.
1h
Message écrit à Luna. Elle répond et se tient prête dès qu'on lui donne le signal. Ouf !
Car, pour l'histoire, nous avons formulé un courrier à la maternité de St Palais en demandant la présence de notre doula en salle nature auprès de nous le jour de l'accouchement. Demande acceptée pour la première fois dans l'histoire de cette maternité.
Après étude des différentes possibilités d'accouchement, nous avons opté pour un accouchement physiologique en salle nature avec notre sage-femme et notre doula au sein de la petite maternité de St Palais. (J'écrirai plus tard sur ce sujet là)
Nous rappelons Juliette. Aucun répit pour moi, ça s'intensifie à une vitesse folle. Je n'ai en tête que la baignoire de la salle nature pour pouvoir m'immerger dans l'eau et enfanter. Juliette nous propose d'attendre encore un peu à la maison si c'est possible pour moi. Rester un maximum dans notre cocon, dans notre bulle, dans notre Amour.
2h
"Juliette, on part pour St Palais. Marie ne tient plus."
Ce n'est pas la porte à côté. 1h de route dans la clio 1 de 96. Options zéro confort mais au moins, pas peur de salir les sièges si jamais bébé descend en route. Le trajet n'est pas des plus agréable évidemment. Je m'accroche et lance ma voix en guise de fond sonore. Thomas est excité comme jamais. Il saute sur son siège, une main sur le volant, une autre sur ma cuisse. Il me frotte et frotte et frotte la cuisse en répétant peut-être 25fois par seconde "Tu es forte mon amour, tu es forte", toujours avec ces mouvements incessants et ce ressort qu'il a l'air d'avoir sous les fesses.
Je ne sais pas ce qui a été le plus dur à gérer. Les sensations de brûlures sur ma cuisse ou les contractions... Je me le demande encore aujourd'hui.
3h
Arrivée synchronisée avec Juliette à la maternité. Une infirmière de l'hôpital fume sa clope dehors et bondit sur ses deux pieds pour aller chercher un fauteuil dans lequel je dépose mon fessier sans me faire prier. Quel accueil de luxe !
Nous arrivons en salle nature. Luna arrive peu de temps après. Le bain XXL coule. Lampe de sel allumée. Playlist lancée. Culotte mouillée tombée.
"Le bain est prêt Marie."
Mes 3 gardiens m'aident à entrer dans cet espace que je ne quitterai pas jusqu'à l'arrivée de notre fille.
Thomas, Juliette & Luna. Eux. Moi. Bébé. Dans notre bulle.
Je me sens en sécurité, en Amour total.
L'animal en moi hurle. La meute soutient.
Avachie sur le rebord de la baignoire, les jambes en grenouille, les contractions presque constantes. Et Thomas qui chante et chante et chante la bouche presque collée à mon oreille. Arrivée un chant très rythmé de cérémonie avec un aspect assez répétitif, je ne peux m'empêcher de relever la tête entre deux contractions et d'adresser à mon cher et tendre la demande suivante : "Tu peux te TAIIIIIRE stp !!!!!!!!!!!!!!"
Aussitôt demandé, aussitôt servi.
Retour "au calme".
La voix rassurante et douce de Juliette.
La main dans la mienne de Thomas.
Les massages de Luna.
Cette eau qui m'accueille, qui m'accompagne.
Sensation de brûlure extrême.
DETERMINATION. De moi. D'elle.
Je suis à bout mais je ne lâche rien. Je la sens descendre, se faufiler, s'engouffrer dans mon bassin. Je ne sais pas exactement où elle en est mais je sais qu'elle est tout prêt. Je sens cette force et cette confiance que la Femme sait accoucher. Que JE sais accoucher.
Presque 5h du matin, LA TETE !
Je me vois encore relever mon buste et dire : "Je fais quoi ???" comme paniquée.
"A la prochaine contraction, tu pousses et ta fille sera là Marie." me répond Juliette
Et à 4h48 exactement, le vendredi 23 Février 2024, là voilà .
Immergée dans l'eau, elle est là. Je l'attrape, je m'assoie, la pose sur moi.
Aucun repère.
L'instant juste.
Thomas derrière moi.
Nous 2...
Nous 3.
Je n'ai pas de mots, juste mes souvenirs de cet instant si précieux. Juliette m'invite à sortir de la baignoire pour la délivrance, la sortie du placenta. Soutenue encore par mes 3 gardiens, je sors, ma fille dans les bras et vais m'allonger sur le lit.
Première mise au sein.
Elle a son pouce dans la bouche, déjà... Puis son pouce + mon téton, rien que ça !
5h20
Délivrance.
Le placenta glisse doucement hors de mon corps. Je sens sa douceur, sa chaleur. Lui qui nous a relié pendant 9 mois ma fille et moi. Lui qui restera accroché le temps nécessaire après l'accouchement comme pour prendre le temps d'arriver pour Elle et pour moi.
Elle se nomme Mona-Owa. Mona veut dire "Jolie" en espagnol (son papa est espagnol). Owa veut dire "Couleur" en Sioux (certaines de ses mémoires sont Sioux, elle me l'a murmuré)
C'est Elle qui m'a dit son prénom. Dans un rêve, la nuit de sa conception. Elle se nomme Mona-Owa. Elle est notre Jolie-Couleur pour la Vie.
Un premier accouchement en 6h, comme on l'avait préparé. J'ai pleuré chaque jour pendant une semaine après mon enfantement car je voulais revire cette nuit encore et encore. Non pas pour les contractions je vous l'assure mais pour cette puissance de l'Amour que j'ai ressenti. Pour ces heures si précieuses où mes yeux dans les yeux de Thomas était la seule chose qui comptait. J'ai observé cet homme, mon amoureux, le père de ma fille. Je le revois encore aujourd'hui. Je l'admire. Je le remercie. Cette nuit là il a été parfait même dans ses maladresses et ses chants qui me cassaient la tête. Je n'aurai pas voulu qu'il soit autrement cette nuit. L'Amour qui m'a envahie était d'une grandeur rare. Nous avons été une équipe et nous le sommes toujours aujourd'hui. Et c'est bien le seul et unique conseil que je me permets de donner : Etre équipe !
Je t'aime. Je vous aime. Je nous aime.
A H O
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